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LE GHETTO DE BAB EL OUED

  

Robert BURON, un des négociateurs d’Évian, avoua lui-même, avoir mis, le 18 mars 1962, sa signature au bas « d’un bien étrange document ».

Sa conscience, certainement, lui reprochait la légèreté avec laquelle, sur ordre et au nom de la France, il avait accepté une capitulation sans conditions, transformant une victoire militaire en défaite politique et livrant à la vindicte d’un ennemi vaincu, plusieurs millions d’otages sans défense. Mais, Robert BURON le reconnaît formellement dans ses « Carnets politiques de la Guerre d’Algérie » il était harcelé par le Chef de l’état qui avait ordonné à ses mandataires de « conclure au plus vite et à n’importe quel prix ».

En fidèle serviteur, il exécuta les ordres et signa ce qui n’a jamais été des « Accords » mais une conclusion de pourparlers par lesquels l’Algérie devenait un état indépendant sans que le peuple algérien ait été consulté à ce sujet, la représentativité du F.L.N.(15 % environ de la population algérienne) étant exclusive et toutes les autres tendances écartées. Qui osera, encore, affirmer que le peuple algérien s’est autodéterminé ? Il a été livré, pieds et poings liés, à une force totalitaire qui était bien loin d’avoir l’adhésion d’un pays qu’elle a soumis par la terreur.

Mais il était plus élégant de mentir aux métropolitains et de présenter à la France, humanitaire et généreuse, ce brouillon comme un traité officiel devant faire régner, par enchantement, une paix juste et équitable entre ceux qui, la veille, étaient, encore des adversaires et qui, miraculeusement, allaient s’unir pour bâtir l’Algérie nouvelle.

Là  j’en appelle à la conscience des justes et je sais qu’il s’en trouve parmi vous : comment qualifier l’imposture qui a permis à notre pays égaré de croire qu’en votant « oui » il votait pour la paix et en votant « non » il votait pour le chaos ? C’est le contraire qui s’est produit.

En vertu de ce bien étrange document, les  militaires français vécurent, (avant la quille tant espérée) une infâme palinodie. Les ennemis n’étaient plus ceux qu’ils combattaient depuis sept ans et cinq mois, mais les Français d’Algérie.

Passivement, l’arme au pied, ils virent enfoncer, du côté tunisien, des frontières si longtemps inviolées. Amnésiques (Et ce fut là le seul miracle) ils oublièrent, brusquement, les flots du sang des leurs, les morts militaires, les enlèvements, les centaines de soldats français, soi-disant prisonniers.

Ils se conduisirent en troupes d’occupation à l’encontre de leurs frères français, ne comprenant pas qu’il s’agissait de Français comme eux, accourus, dix-huit ans plus tôt, pour libérer la Mère-Patrie et dont les sentiments patriotiques avaient été gommés d’un trait de plume au bas d’un bien étrange document.

Les hauteurs d’Alger avaient été investies par le F.L.N. qui procédait, en toute impunité, à des enlèvements de Français, en grand nombre, à des meurtres et des viols en plein jour.

Que restait-il d’autre aux Français d’Algérie que l’O.A.S. qui représentait leur unique espérance de survie ?

L’O.A.S., justement, décida d’investir le quartier populaire de Bab-El-Oued. Ce quartier où s’agitait un petit peuple exubérant, peut-être, mais aussi désespéré et prêt à s’enflammer pour garder ses trois horloges, son étal, sa demeure et son coin de ciel bleu.

Hélas, l’O.A.S. croyaient que l’Armée allait observer à son égard la même neutralité qu’envers le F.L.N., lorsque celui-ci avait pris ses quartiers à la Bouzaréah. L’organisation se trompait. L’État français en avait décidé autrement.

Le 23 mars, au matin, les escouades de l’O.A.S., portant brassard tricolore, tentèrent d’interdire l’accès de Bab-El-Oued aux militaires français et quelques patrouilles déposèrent leurs armes et fraternisèrent avec la population qui les acclamait.

Mais vers dix heures, les hommes de l’O.A.S. devaient tomber dans un piège qui serait le signal déclenchant d’une intervention armée dont  la violence inouïe devait causer la mort de centaines de civils innocents.

D’un camion militaire intercepté sans violence, un soldat musulman ouvrit le feu sur les hommes de l’O.A.S. qui ripostèrent. Il y eut des morts. Alors le couvre-feu fut déclaré à Bab-El-Oued. De toutes parts, les troupes françaises convergèrent vers ce quartier. Les chars prirent position, le canon gronda, les hélicoptères se mirent à tourner et tourner, sans arrêt, dans un vacarme effrayant, les avions, sans répit, piquèrent sur les maisons, mitraillèrent les fenêtres, les terrasses. Feu sur tout ce qui bougeait, tout ce qui vivait, tout ce qui respirait, encore, en ce lieu. De tels actes, jusqu'à ce jour, n’avaient été commis que dans des pays de l’Est, en déclenchant un tollé international. À compter du 23 mars 1962, ils eurent lieu dans une province française sans émouvoir, le moins du monde, la conscience universelle.

Le 24 les canonnades recommencèrent. Que faire lorsqu’on voit détruire sa maison natale, tuer ses proches et ses enfants ? On assassinait le peuple français de Bab-El-Oued, dans l’indifférence générale de la France et du Monde entier.

     

Jacques Soustelle a écrit, je ne sais plus où, que si l’Armée française avais mis, dans sa guerre contre le F.L.N. le dixième de l’énergie déployée pour écraser Bab-El-Oued, la guerre d’Algérie n’aurait pas duré 6 mois !

Quartier supplicié, durant six jours, aucun  décompte n’a été fait de tes morts innocents. C’est à Bab-El-Oued qu’a commencé, l’agonie de l’Algérie Française dont la mort programmée devait s’accomplir, dans le sang, le 26, rue d’Isly.

Bien étrange document, vraiment, que celui qui a permis de couvrir de tels forfaits et de telles forfaitures !

Grâce à lui, Bab-El-Oued s’est transformé en Budapest et la France s’est déshonorée dans un nouvel Oradour, celui  de la rue d’Isly. Document plus qu’étrange, document maléfique dont on voit, aujourd’hui, les désastreuses conséquences.

 

                                                                                                                                                        Henri AVELIN